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Titre : AudreyTautou Web
URL :AudreyTautou.org
Ouverture : 29 septembre 2006
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un couple en or

L’entretien terminé, Audrey Tautou sort de son sac son appareil photo et demande si elle peut s’adonner à son rituel promotionnel favori : tirer le portrait de tous les journalistes qui viennent l’interviewer. Elle possède déjà plus de 300 clichés de ceux et celles qui, depuis dix ans, tentent de cuisiner cette dure à cuire au visage de poupon et à l’allure d’éternelle adolescente, star discrète et peu loquace qui peut balayer d’un sourire tendre et ravageur chaque question lorgnant un peu trop sur des sujets perso.

Un peu plus tôt dans l’après-midi, Gad Elmaleh, lui, est apparu au restaurant du studio Pin up, lieu de rendez-vous de cette interview au sommet, comme on l’imaginait : charisme incroyable, mélange de Buster Keaton et de Belmondo jeune, avec une tchatche et une gestuelle toutes méditerranéennes. L’objet de cette rencontre : la sortie de Hors de prix, une comédie rafraîchissante réalisée par Pierre Salvadori.

L’histoire? Irène (Audrey Tautou, donc) joue une aventurière intéressée qui cherche absolument à se caser avec un homme fortuné. Elle passe la nuit avec Jean (Gad Elmaleh), serveur d’un grand hôtel qu’elle croit plein aux as. Quand Irène découvre qu’il est fauché, elle le quitte illico. Mais Jean est tombé amoureux et se lance alors à sa poursuite sur la Côte d’Azur. Dialogue entre deux stars à part du cinéma, Amélie Poulain et Chouchou…

À quand remonte votre première rencontre ?

Gad Elmaleh. – Je me rappelle un truc très furtif en 2002, sur le tournage du Bison, d’Isabelle Nanty. On ne savait pas encore qu’on allait bosser ensemble. Je croyais que l’on s’était vus au cours Florent, mais tu m’as dit que non. En fait, notre première vraie rencontre professionnelle, c’est le jour où tu es venue dans ma loge après mon spectacle à l’Olympia. Nous sommes partis dîner ensemble, avec Pierre Salvadori et le producteur de Hors de prix. J’espérais que tu avais aimé mon spectacle.

Gad avait-il été à la hauteur ?

Audrey Tautou. – Oui, et j’étais déjà consciente de son talent.

G. E. – J’ai besoin d’être rassuré. C’est quand même un truc de maso ce métier. Tu te dis : « Si ça se trouve, le metteur en scène et ta partenaire de tournage vont se rendre compte qu’ils se sont mis dans une galère pas possible. » Souvent d’ailleurs, pour me sauver de ce genre de situation, je fais des blagues. Je dis au réalisateur que j’ai le numéro de téléphone d’un acteur qui me remplacera très bien.

A. T. – Je suis pareille (rires).

G. E. – Ah oui, toi aussi ? Est-ce que c’est un manque de confiance ou de l’orgueil peut-être? Je ne sais pas.

A. T. – De l’orgueil?

G. E. – Oui, ça peut être de l’orgueil de faire une plaisanterie sur sa pseudo-incapacité.

A. T. – Tu n’es donc pas sincère à ce moment-là.

G. E. – Je ne dis pas que je suis bon… Je crois que ça vient de la scène. Sur les planches, on a besoin de plaire immédiatement. Sur un tournage, en revanche, je ne pense pas que les acteurs se disent qu’ils doivent plaire à tout prix, non?

A. T. – Avant le début d’un film, il y a quand même de l’appréhension. Je suis toujours plus stressée quand je joue un personnage pour lequel je n’ai pas passé d’audition. Lorsque j’ai fait un bout d’essai, le réalisateur sait au moins à quoi s’attendre.

Ne pas connaître l’instantanéité de la scène vous complexe-t-il par rapport à Gad ?

A. T. – C’est plutôt un manque. Le seul complexe que j’ai, c’est de me sentir un peu cloisonnée et de ne pas avoir le courage d’être libre de participer à des projets théâtraux, exceptionnels ou uniques. Je suis très peureuse, je manque vraiment de courage et d’audace. Je n’ose pas sortir de mon petit chemin. Je me dis que je n’y arriverai pas. Je me cantonne donc à mon petit métier de comédienne.

Pourquoi faites-vous ce « petit métier » ?

A. T. – Au départ, je voulais faire partie d’une troupe et monter un spectacle. Je m’éclatais autant à jouer et faire les costumes qu’à monter les décors et maquiller les copines. C’était vraiment pour faire partie d’une équipe. Avant le succès de Vénus Beauté, le cinéma ne s’était pas complètement imposé à moi. Je m’étais donné un an pour que ça marche et j’étais préparée à tout abandonner…

G. E. – Quand j’étais môme, au Maroc, je ne rêvais pas de cinéma. Je pensais que j’allais devenir chanteur. On voit souvent ça dans les films, mais la brosse à cheveux pour chanter devant la glace dans ma chambre, les Bonsoir Paris, je l’ai vraiment vécu. Après, j’ai eu envie d’écrire. Le cinéma est arrivé un peu par hasard. J’ai fait un film, puis deux… Mais d’une manière générale, j’ai plutôt tendance à être le moteur et l’initiateur de projets. C’est là-dedans que je me retrouve vraiment en tant qu’artiste. Je ne pense pas être l’acteur français le plus intéressant….

Encore cette tendance à l’autodépréciation ?

G. E. – Non. Ce n’est pas de la fausse humilité. Initier des projets, je crois que c’est plus cohérent pour moi.

Qu’est-ce qui rapproche Audrey Tautou et Gad Elmaleh ?

G. E. – C’est l’histoire du film et l’envie d’un réalisateur qui nous réunissent.

A. T. – On n’a pas la même personnalité, on n’a pas le même parcours, on n’a pas les mêmes cercles d’amis. Moi, j’ai un côté très sérieux, il n’y a jamais rien qui dépasse. C’est marrant qu’un réalisateur se dise : « Allez, tiens, je vais prendre la nonne et un mec délirant pour mon film. » (Elle éclate de rire.)

C’est quoi un mec délirant ?

A. T. – Gad fait rire tout le monde.

G. E. – Ce dont je suis persuadé, c’est que l’humour, c’est une écriture, un regard. Je parle des choses drôles. Pas des choses rigolotes. Être rigolo, c’est différent. C’est faire une petite « blaguette », c’est ce qui va mettre une bonne ambiance. Mais regarder le monde, se sauver d’une situation par pudeur ou déclarer à une personne qu’on a envie d’être avec elle par l’humour, c’est ça qui m’intéresse.

A. T. – Oui, c’est attraper les détails, avoir un regard pointu et personnel sur le monde. Pour ça, il faut avoir une sensibilité plus développée que la moyenne.

La pression est-elle plus difficile à supporter quand on est deux acteurs super bankables ?

A. T. – Ce n’est pas mon problème car je ne raisonne pas en termes de carrière. Et puis, ce n’est pas nouveau. On a toujours monté des films sur le nom des têtes d’affiche. Ce qui rend un acteur bankable, ce sont les médias.

G. E. – C’est le box-office, surtout.

A. T. – Ah non. Pour moi, un film qui fait du box-office, c’est un film dont on a préalablement beaucoup parlé dans les médias et qui a eu une promo importante. Qui fait la une des magazines? Qui est invité dans les émissions de télévision? Ce n’est certainement pas l’inconnu du siècle. À partir de ce moment-là, il y a un certain confort. Je suis persuadée qu’il n’y a pas un seul acteur qui garantit le succès d’un film.

G. E. – Oui, mais quand on engage Audrey Tautou, les producteurs savent qu’elle sera l’objet du désir…

A. T. –… de certains spectateurs de Montluçon. (NDLR : sa ville natale.) (Rires.)

Le statut de star peut-il être parfois trop encombrant ?

G. E. – Moi, je suis quelqu’un qui a une certaine célébrité. Je ne suis pas une étoile.

A. T. – Au moment de la sortie d’ Amélie Poulain, ça a été très abrupt. J’ai vécu le succès comme une punition. J’en voulais même aux gens qui me reconnaissaient. Les regards dans la rue me mettaient super mal à l’aise. Ce n’est vraiment pas une époque heureuse. Aujourd’hui, je ne suis pas encore la plus docile mais je suis beaucoup moins sauvage. Je peux être gentille quand on m’aborde dans la rue mais aussi encore prise de terribles angoisses. C’est vraiment difficile de se retrouver au coeur du tourbillon.

Le tourbillon Da Vinci Code a-t-il accentué cette peur ?

A. T. – Ça n’a rien changé. Peut-être aussi parce que je n’ai pas beaucoup voyagé depuis.

Hollywood reste-t-il une terre promise pour les Français ?

G. E. – Si on me dit demain que je vais tourner avec Ben Stiller, ça sera un grand tour de manège et un plus dans ma vie. Après, je crois que ce sont les gens qui délirent sur Hollywood. Quand j’ai joué mon spectacle à Los Angeles, la presse a titré : « L’Amérique lui ouvre les bras. » Mais pas du tout. Ce n’étaient que des galères. Quand je me suis retrouvé dans une petite salle de 50 personnes à New York, où je traduisais des bouts de mon spectacle et où il fallait faire rire alors que personne ne connaissait ma tronche, je peux vous dire que c’est tout sauf le rêve américain.

A. T. – Je n’ai pas de rêves, en tout cas pas concernant ce métier. Comme ça, au moins, je n’ai pas de désillusions. J’ai eu beaucoup de curiosité à participer au projet Da Vinci Code. Cela m’a permis de me confronter à une autre façon de travailler et de voir ce que c’était que cette machine dont tout le monde parle.

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