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Elle a une façon de se matérialiser dans ce restaurant comme une fée de Walt Disney au palais de la Reine. Ou comme l’Angélique qu’elle incarne dans « A la folie, pas du tout », de Laetitia Colombani. Cette histoire d’amour commence avec des roses, de superbes roses en gros plan, et, au milieu des boutons rouges, surgit le visage d’Audrey Tautou, ce regard immense et noir comme la passion et ce sourire frais et étonné comme l’enfance.

Elle débarque comme une apparition alors que vous l’attendez depuis dix minutes dans ce décor de tables droites, de nappes blanches et de garçons figés. Elle bredouille qu’elle vous attendait au bar, mais c’est comme si derrière elle entraient des flots de soleil, et l’on s’attend à voir le maître d’hôtel dégrafer son nœud papillon et esquisser des entrechats avec le monsieur digne de la table d’à côté. Elle a ce pouvoir, cette demoiselle dont les yeux ont conquis le monde. Elle est de ces personnes dont la finesse et la grâce transfigurent tout ce qu’elles frôlent. Ses cheveux de jais tirés en chignon lâche accusent les courbes d’un visage où quelques défauts se combinent pour incarner une beauté tout en charme et en éclat. Elle porte un pull vert bouteille de trois tailles trop grand, une chemise en velours gris, mais pas de maquillage ni de bijoux. Etonnez-vous qu’elle ait fait fondre Tony Marshall avec ses prunelles noyées de larmes lorsqu’elle s’est présentée beaucoup trop en retard au casting de « Vénus Beauté (institut) », son premier rôle au cinéma. Il est encore moins surprenant qu’elle ait bouleversé Jean-Pierre Jeunet avec sa façon de passer du rire aux larmes pour les essais du « Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ». Audrey, en une seconde, elle a ce don de vous faire rendre les armes. Toute cette gloire qui lui tombe dessus, c’est le costard mal taillé de l’amour, l’amour fou des foules de Paris, Montluçon, Hollywood, Berlin ou Yokohama. A l’âge où ses copines courent les baby-sittings, elle est bien plus connue que tous nos candidats à la présidentielle. En tout cas, bien plus aimée. Un rôle de jeune fée ravaudeuse des accrocs de l’existence l’a propulsée à 22 ans dans un vrai conte moderne où des centaines de millions de gens pourraient lui faire des déclarations.

Pour l’instant, cette supernova de cent soixante-trois centimètres de haut s’assoit simplement dos à la fenêtre et , tandis qu’un rayon de printemps joue avec sa fossette gauche, elle élimine impitoyablement de la carte tout ce qui risque d’assimiler son déjeuner à un vrai repas, ne gardant qu’une petite salade de haricots verts et allume, en demandant « Je peux ? », une âcre cigarette aux clous de girofle, tirée d’un paquet rouge et or.

On parle de choses et d’autres comme si on la connaissait d’avant, et d’abord de cette fantastique renommée, cette folie d’amour universel qui s’est abattue sur ses frêles épaules en moins de temps qu’il n’en faut pour faire un deug de lettres modernes. Personne n’est programmé pour ça, surtout pas une petite matheuse de Montluçon, fille de dentiste dotée de frères et de sœurs et douée pour les études, bachelière avec mention, un temps passionnée par les grands singes et n’osant pas s’avouer son rêve de devenir comédienne. Impossible de comprendre l’impact du cyclone qui l’a emportée depuis « Vénus Beauté », le César du meilleur espoir, les rôles qui s’enchaînent dans cinq films avant « Amélie » et les tournages qui ont suivi avec Cédric Klapisch, Claire Devers et Stephen Frears. Sans compter ce « A la folie, pas du tout », qui sort ce mercredi. Le raz de marée « Amélie » ne lui a laissé qu’une semaine de pause en dix-huit mois pour tenter d’échapper aux interviews, aux avions, aux palaces, aux tournages, aux séances photos, aux post synchros, aux télés, etc. Son dossier de presse est déjà épais comme le Bottin. A Tokyo, elle se tape huit heures d’interviews par jour et vingt-quatre séances de photos sans souffler. « Heureusement, l’hôtel était fantastique et les journalistes japonais adorables : pour chaque entretien, ils vous offrent un cadeau ! » Elle jette ça d’un petit ton bien posé, vous glisse un regard en coin et vous écoute bafouiller votre étonnement jusqu’à vous couper par un : « Non, le cadeau, c’est normal. Vous, vous êtes payé pour m’interviewer. Moi pas ! » Avant qu’on ait eu le temps de se demander si c’est du lard ou du cochon, Audrey Tautou éclate de rire. Elle est légère, ironique, marrante et, juste quand vous vous prenez à penser que, si les choses étaient bien faites, la vie en général devrait ressembler à celle d’Audrey – comédie, talent, réussite, amour universel, et même pas mal d’argent, ce dont elle se moque -, bing ! vous vous prenez en pleine figure un solide crochet du gauche.

Au détour d’une phrase, vous réalisez que cette héroïne de conte de fées a oublié de croire au Père Noël. D’abord, elle redit qu’on ne peut pas s’imaginer l’ouragan de la gloire tant qu’on n’y est pas. Que rien ne vous y prépare, et certainement pas le cours Florent, où elle est entrée après son bac. Que cette sensation de ne plus s’appartenir est tellement stressante qu’elle se demande si elle va continuer d’exercer ce métier.
Sérieusement ? Sérieusement. Parce qu’il y a autre chose. La première fois qu’on dit non à une énième sollicitation, on sent venir de l’incrédulité. La deuxième, de l’hostilité. Puis, rapidement, de la colère. Comme si on ne vous pardonnait pas de ne pas être la fée ubiquité, disponible partout pour tous, répandant autour d’elle amour et félicité, comme Amélie. Guérissant bientôt les écrouelles, en somme.

A cet instant, d’une voix paisible, Audrey Tautou se lance dans une petite leçon de lucidité cruelle qui vous fait presque sursauter. Le conte de fées serait un boniment de vendeur d’aspirateurs ? Elle dit : « Après tout ça, quand l’amour du public aura viré, parce qu’il vire toujours… - Qui vous a appris ça ?
- C’est comme ça, tous ceux qui ont eu du succès ont vécu ça.
Mais non, regardez Audrey Hepburn à laquelle, paraît-il, vous devez votre prénom et à qui on vous compare souvent. On n’a jamais cessé de l’aimer.
- Je ne suis pas Audrey Hepburn. »
C’est dit d’un ton net, sans appel, ni envie ni regret. Mais avec une totale certitude que le meilleur de cette folie, les débuts délicieux où tout le monde vous aime, ce moment est passé. Pour illustrer ce qu’elle veut dire, elle lève la main gauche, fine et musclée, tend ses doigts de musicienne et forme, avec la paume vers le bas, une sorte d’accent circonflexe. Elle montre avec l’index droit un point au-dessus du poignet : c’est l’instant béni où ça commence. La sympathie n’a fait que monter jusqu’à « Amélie » et ses incroyables retombées (Jean-Pierre Jeunet lui a montré une liste de trois pages résumant les récompenses reçues dans les festivals du monde entier). Là, nous sommes au sommet de la main, sur ses jointures arrondies. Puis elle redescend le long des doigts : « Aujourd’hui, je me situe ici – elle montre un point à mi-phalange. Bientôt, je serai là. » Cette fois, elle est au bout des doigts, tout en bas. La voix est douce, mais les yeux ne sourient plus. Et, comme vous protestez, elle dit qu’elle est profondément pessimiste. Pour elle, le monde marche comme ça, le succès énerve, les rancoeurs surgissent pour un oui, pour un non, et les « je ne sais vraiment pas ce qu’on lui trouve » remontent déjà aux oreilles de sa bande de copains.
Elle poursuit : « D’abord, vous trouvez que c’est injustifié. Ensuite, que c’est injuste. » Aurait-elle déjà perdu ses illusions ou nous conte-t-elle une allégorie de l’amour, elle à qui l’on confie sans cesse des rôles de petite, grande ou folle amoureuse ? Sa réponse désarme :
« L’amour, le vrai, je ne suis pas très calée dans ce domaine.
- Qui peut dire qu’il l’est ?
Elle a alors cette réplique définitive, totalement incongrue dans ce doux visage :
- De toute façon, l’amour, c’est tellement relatif. »
Un silence suit. Derrière elle, la pluie mitraille les hautes fenêtres. Le tintement des couverts et les conversations feutrées flottent dans la vaste salle. Elle tire à petits coups sur sa cigarette, retrouve en un millième de seconde son sourire de chaton, commande des framboises à la crème et un café allongé. Puis remarque : « C’est drôle, vous savez, on m’a demandé à peu près cent vingt fois de jouer à “J’aime, j’aime pas”. »
Bon, on va lui éviter une cent vingt et unième. On va plutôt jouer à sa place. Juste pour lui dire que la liste de ce que l’on aime chez elle est largement aussi longue que celle des prix d’ « Amélie ». Ce qu’on n’aime pas ? Ses infâmes cigarettes aux clous de girofle !

 

 

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