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Cinq ans après «Amélie Poulain», l'actrice française repart à la conquête du monde sous les traits de Sophie Neveu, l'héroïne du film adapté du best-seller de Dan Brown. Ce sera l'ouverture du 59e Festival de Cannes. Rencontre.
 
Le Figaro Magazine - Comment vivez-vous la frénésie qui précède la sortie du «Da Vinci Code» ?
Audrey Tautou - J'ai un peu de mal à comprendre tout ce ramdam autour du film, même si à l'évidence l'attente du public et des médias s'explique en grande partie par le succès mondial du livre de Dan Brown.

Vous accordez peu d'entretiens : une discrétion volontaire ?

N'allez pas croire que je me fais désirer, c'est simplement une question d'emploi du temps. Je tourne avec Claude Berri Ensemble, c'est tout !, d'après le roman d'Anna Gavalda. Ça m'embarrasse de ne pas être plus disponible, mais de toute façon le Da Vinci Code n'a vraiment pas besoin de moi pour se faire connaître.
 
Aviez-vous lu le «DVC» à sa sortie ?

Je l'avais lu en quelques jours pendant un voyage au Mexique, en septembre 2004. C'était bien ficelé, divertissant, très prenant. Et particulièrement cinématographique.
 
Comment imaginiez-vous le personnage de Sophie Neveu ?

Il y a autant de Sophie Neveu que d'imaginaires de lecteurs. Moi, j'ai tout de suite aimé sa détermination, sans pour autant m'identifier à elle. Même après avoir appris que Ron Howard cherchait une actrice française, je continuais à penser que ce rôle était pour une autre.
 
Fausse modestie, ou manque de confiance en vous ?
Sincèrement, je pensais être trop jeune, notamment parce que, dans le livre, Sophie Neveu vit une petite bluette avec Robert Langdon. Ce n'est pas que Tom Hanks soit vieux, pas du tout ! Mais je me disais qu'à côté de lui, je faisais trop gamine...
 
L'image juvénile d'Amélie Poulain vous poursuit...
Ron Howard n'avait de moi que cette image. Je sais qu'avant de me rencontrer il n'était pas totalement convaincu. J'ai passé des essais, trois scènes en anglais. Faute de temps, je n'avais pas pu apprendre mon texte comme je le voulais. D'emblée, je l'ai prévenu que je n'avais pas assez travaillé. C'est peut-être cette honnêteté qui l'a touché. Une semaine après, j'étais prise.
 
Le tournage parisien a commencé fin juin sous haute protection. Quelle était l'atmosphère sur le plateau ?
Ultra-protégé, dites-vous ? Mais des plateaux fermés, il y en a plein, y compris sur des films français ! Il n'y avait pas de mystère sciemment entretenu, juste une volonté de ne pas communiquer.
 
Avez-vous eu le sentiment de travailler «à l'américaine» ?
Je ne saurais pas définir ce qu'est un tournage à l'américaine... Les horaires, surtout, étaient très prenants : en général, douze à seize heures de travail par jour dont dix d'affilée, sans pause-repas, lorsqu'on était en Angleterre. Nous n'avions pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre. En cela, c'est très différent de la façon dont on travaille en France.
 
Cette pression a-t-elle enrichi votre jeu ?
Ce n'est pas parce que l'on travaille comme une damnée qu'on est meilleure ! On donne surtout le meilleur de soi lorsque l'on tourne avec un réalisateur de talent, et un partenaire exceptionnel. Pour moi, Tom Hanks incarne la perfection.

Qu'est-ce que la perfection dans votre métier ?
Etre capable d'interpréter un personnage avec justesse, sincérité ; maîtriser la technique jusqu'à la faire disparaître... Mon propos manque certainement de folie parce que les acteurs maudits sont souvent plus séduisants, mais quand quelqu'un est capable d'avoir autant de talent sans jamais perdre sa simplicité, difficile de ne pas trouver cela remarquable.
 
La célébrité vous effraie-t-elle toujours autant ?

Je n'ai pas peur de ne pas rester simple. Plutôt de ne plus pouvoir marcher dans la rue sans qu'on se retourne sur moi à tout bout de champ... Etre plus populaire ou plus connue ne m'intéresse pas. Ma priorité est de garder mon autonomie, ma liberté.
 
Etre à l'affiche du «Da Vinci Code» va vous exposer comme jamais. N'est-ce pas déjà trop tard ?

Pas du tout. Je n'ai pas arrêté de travailler depuis le tournage du Da Vinci Code et, pour le moment, rien n'a changé... Ce film représentait surtout une occasion de travailler avec Ron Howard et Tom Hanks. Je ne compte pas forcément me lancer dans d'autres grosses productions.
 
Vous ne rêvez pas d'une carrière aux Etats-Unis ?
Je ne suis sûre de rien, mais j'ai conscience qu'aux Etats-Unis, le cinéma est une industrie assumée comme telle. Pour faire carrière là-bas, tu dois t'autopromouvoir, occuper le terrain, avoir du pouvoir médiatique... Je n'ai pas ce courage.
 
Ce courage, ou cette ambition ?
Je n'ai pas d'autre ambition professionnelle que de faire des choix en accord avec moi-même. Participer à des films d'auteur aux Etats-Unis est extrêmement difficile. Il y a tant d'excellents acteurs et si peu de rôles pour des Françaises. Personne ne va courir après moi... Et ça ne me gêne pas. J'adore tourner en France, comme récemment avec Pierre Salvadori, dans Hors de prix. C'était absolument génial.
 
Avez-vous d'autres projets ?
Je n'exclus pas de mettre un peu le cinéma de côté. Le théâtre me manque. C'est un état d'esprit qui me correspond. Au-delà du rôle, j'aime appartenir à une équipe, une troupe. Si je n'ai pas de rapport avec le réalisateur, les acteurs et les techniciens, je suis malheureuse. Je ne me suffis pas.
 
Quelle oeuvre pourrait retenir votre attention ?
Pour le moment, je ne sens pas le désir d'être à l'origine d'un projet, mais je serais plutôt attirée par une pièce avec une véritable ambition artistique, un univers personnel. Je n'ai pas envie de rentrer dans une routine d'actrice, aussi chanceuse soit-elle.
 
Qu'est-ce qui vous manque ?

Du temps pour me perfectionner au piano, pour lire davantage, pour apprendre l'espagnol... C'est plus qu'une envie d'oisiveté. Même si le cinéma m'apporte beaucoup, j'aimerais me cultiver, m'enrichir autrement.

(Dans l'embrasure de la porte, Myriam Bruguière, son attachée de presse depuis ses débuts, a pointé le bout de son nez. Audrey Tautou se lève et demande, d'une voix aussi douce que ferme, si elle peut vous photographier. On prend maladroitement la pose, gênée.)
 
Que faites-vous de tous ces clichés ?
Pour l'instant, rien. Je les garde juste... Peut-être pour un bouquin. Le producteur du film de Pierre Salvadori m'a offert un Leica. Je n'avais même jamais osé rêver en posséder un.
 
Vos rêves sont plutôt raisonnables...
Pas toujours. J'en ai un qui ne l'est pas : pouvoir continuer à mener la même vie après le Da Vinci Code.

 

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